LA LETTRE D'A.I.
Bulletin d'information du groupe 248

N° 184 - Mai 2004

        SOMMAIRE  


I - S'engager dans les DESC, est ce faire de la politique?
II - Groupe 248
III - les actions
IV- Amnesty et le voile
V - Infos diverses

 

I- S'ENGAGER DANS LES DESC, C'EST FAIRE DE LA POLITIQUE ?

C'est une question que beaucoup se posent, parce qu'elle remet en cause un des points fondamentaux qui font la force d'Amnesty : son souci d'impartialité. Il est bien certain que la recherche de l'accès pour tous aux biens et services essentiels implique une prise de position sur les systèmes économiques et sociaux, et que du choix qui en découle dépend l'avenir du mouvement, son recrutement et ses formes d'action.

Cependant, ainsi que le rappelle Marc Darras, il faut bien voir qu'hier déjà, Amnesty International s'engageait dans la " politique " des gouvernements, en demandant à tel ou tel d'entre eux, ici la libération d'un syndicaliste, là celle d'un dissident... La défense de l'intégrité physique et psychique de chacun, de la liberté de pensée et de la liberté d'expression, a conduit à interférer avec des systèmes politiques globalement totalitaires ou non respectueux des personnes, et aussi à lutter contre les dérives des régimes démocratiques. A ce titre, Amnesty International est porteur d'un projet de société à travers ses actions pour les personnes, bien que ne couvrant pas toutes les dimensions de la vie sociale.

Notre mouvement, en demandant que la dignité de chacun soit respectée, sur la base de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, reconnaît qu'un pacte social qui protège la dignité de chacun est essentiel pour dépasser la loi de nature, la loi du plus fort. Cette reconnaissance ne s'accorde pas avec les idéologies ou les gouvernements totalitaires, et donc Amnesty ne peut pas reconnaître tous les courants de pensée, sans pour autant s'inféoder à l'un ou à l'autre de ceux qu'il juge compatibles avec sa vision. La reconnaissance de ce pacte social et sa mise en œuvre dans le champ économique et social devrait nous conduire à ne pas supporter l'ultra libéralisme ou le tout économique, ainsi que toutes les formes d'organisation qui ne garantiraient pas à chacun l'exercice de ses droits élémentaires (travail, alimentation…). Cette approche laisse cependant un vaste champ libre pour différentes formes d'organisation économique et sociale, différentes politiques et choix de priorités, dans lesquelles l'efficacité économique, les ressources économiques, sont contraints par le respect de chacun et la possibilité qui lui est donnée de développer ses capacités personnelles.

Comme dans le domaine des droits civils et politiques, c'est dans l'action concrète que nous pourrons porter un jugement sur notre indépendance et notre objectivité. Néanmoins, la complexité accrue de nos interventions peut faire craindre une moindre maîtrise de cette indépendance. Dans le contexte actuel, il sera important de se démarquer des approches systématiques d'anti-globalisation, autant que du tout marché, pour établir notre position de façon claire et indépendante. Cela nécessitera, comme nous l'avons fait dans le passé, un certain recul vis-à-vis des évènements médiatiques, et une volonté de présenter notre vision dans tous les forums sans céder aux modes et aux alliances faciles de l'instant.

Mais dans l'élaboration de cette vision, beaucoup de questions se posent :

- quelle valeur ajoutée notre mouvement apportera t'il aux actions menées par les associations déjà en charge de ces problèmes ?

- Devrons-nous nous intéresser à l'accès minimum aux droits, aux violations individuelles ?

- Ou bien resterons-nous à l'intérieur d'une vision élargie de l'ancien mandat, en travaillant sur des cas de discrimination dans l'accès aux droits économiques ?

- Aurons-nous les moyens de suivre l'ensemble de ce champ de manière crédible ?

- Saurons-nous rester sur le concret des cas, sans être entraîné dans le champ du débat d'idée ?

- Saurons-nous maintenir une autonomie réelle vis-à-vis de certains courants d'opposition systématique ?

- Réussirons-nous à développer des relations constructives avec les organisations liées au développement sans nous substituer à elles?


Les réponses que nous donnerons à ces questions auront une grande importance pour l'avenir du mouvement.

Pour le moment, la prudence conseillerait de s'ancrer dans nos actions actuelles en maintenant le cap sur la défense des cas concrets, puis, partant de là, aller vers des domaines nouveaux sans systématiquement élargir notre domaine de base, en utilisant parfois le partenariat, pour montrer concrètement l'indivisibilité des droits humains.


II- GROUPE 248

*Réunion de secteur . Elle aura lieu le 23 mai à Saint Ismier dans la salle Saint Philibert à 10 h. A l'ordre du jour : les Commissions (Philosophie et Religions, Enfants, Médicale, Femmes etc.). Le pique-nique sera apporté par chacun.

*Stand du mercredi 12 mai. Au marché " biologique " de la place de la Louisiane à Meylan, de 13h30 à 19h. Cela a permis de proposer des pétitions sur la Chine et les exécutions de mineurs.

*Repas du groupe le 8 octobre. Il est confirmé qu'il aura lieu à la Salle polyvalente de Saint Nazaire les Eymes et qu'il sera animé par le groupe Lou Pelaya. Un sous-groupe est chargé de sa préparation.

*Intergroupes.

- Campagne Femmes On pense à monter un spectacle, " L'autre guerre ", sur les violences conjugales, à partir d'un texte de Solidarités Femmes, et " Les Amazones ", lectures par un groupe de Lyon.

- La Semaine de la solidarité internationale du 13 au 20 novembre, pourrait

Permettre d'informer un plus large public sur la campagne Femmes, qui actuellement a quelque mal à se mettre en place.

- Marché de Noël La décision d'y participer ou non sera prise lors de la prochaine réunion inter groupes. Une participation exigerait que le stand soit plus attractif et mieux décoré. Il faudrait créer un sous-groupe à cet effet.

- Brocante du groupe 78 le 16 mai à Vif.

*Communication

- Relations au sein d'un groupe Parution d'un texte sur " La convivialité ", que Fernand se propose d'envoyer par mail.

- Une exposition sur la Colombie de photos prises par Fernand lors de son séjour dans ce pays se tient au Club de la Presse, 1 place André Malraux, jusqu'au 28 mai. Le 18 mai, à 12h, aura leu une conférence de presse. Cette exposition se déplacera ensuite à Paris, au Premier salon international des initiatives de Paix, qui aura lieu du 4 au 6 juin 2004 à la Cité des Sciences et de l'Industrie à la Villette . Pour plus d'information sur cet évenement, rendez vous sur le site http://www.decennie.org


- Maison des Droits de l'Homme Deux conférences :

Le 11 mai, à 18h30 , " La justice face au génocide du Rwanda ", à 18h30 dans l'ancien Palais de Justice.

Le 18 mai, " Juger les crimes contre l'humanité ", avec Monsieur Pierre Truche, à, 18h30, au CRDP.

III- LE POINT DES ACTIONS

1- Campagne Chine

La première réunion du sous-groupe a eu lieu le 20 avril. Elle a préparé l'exposition de la place de la Louisiane dont il est question ci-dessus : panneaux, pétitions, envois de lettres sur les cas de trois internautes.

Par ailleurs des actions sont entreprises sur le Xinjiang (cas de torture, problèmes des réfugiés politiques et des délinquants mineurs, peine de mort). La répression est générale. Les chinois n'ont qu'un seul droit, celui de s'enrichir.

2- RAN Amérique centrale

De nombreuses actions urgentes sur le Mexique, le Guatemala et le Honduras.

3- RAN Amérique andine

Egalement des actions urgentes sur le Venezuela et l'Equateur. Dans un an, en mai 2005, doit se tenir en Isère le Festival du film documentaire sur cette région.

4- Campagne Femmes

Kobra Rahmanpour, jeune iranienne de 22 ans, condamnée à mort pour avoir tué sa belle-mère alors que celle-ci l'agressait, en faveur de qui nous étions intervenus, n'a finalement pas été exécutée. Il faut cependant surveiller de près la situation.

Les 5 cas d'interventions proposés en ce moment dans le cadre de la campagne sont réunis dans une pochette plastique qui rend leur présentation plus commode.

5- Enfants

Les actions se focalisent actuellement sur les exécutions de mineurs délinquants. Aux Etats-Unis, nous avons demandé au gouverneur du New Hampshire de ne pas s'opposer à la proposition de loi, adoptée par les deux Chambres de cet Etat, qui fait passer de dix-sept à dix-huit ans l'âge minimum auquel une personne peut être condamnée à la peine capitale, en lui faisant remarquer que les gouverneurs du Dakota du Sud et du Wyoming ont adopté en mars des propositions de loi similaires. Cela porterait à 32 le nombre des Etats des E.U. qui n'appliquent pas la peine de mort aux mineurs délinquants.

Nous sommes par ailleurs intervenus auprès des autorités syriennes pour leur demander la libération des mineurs arrêtés lors de manifestations de kurdes syriens dans plusieurs villes du pays à la suite de la répression lors d'affrontements après un match de football. Une quarantaine de kurdes auraient été tués. Nous sommes également intervenus pour des centaines d'autres, arrêtés et soumis à des mauvais traitements et à des tortures.

6- Armes, un marché hors contrôle

Quatre députés du Parlement européen ont pris l'initiative en février dernier de déposer une Déclaration écrite sur le renforcement des contrôles de l'UE sur les exportations d'armes et l'action en faveur d'un traité international sur le commerce des armes. Nous demandons aux parlementaires européens de signer cette Déclaration.

Qui l'eût cru ? Pour la première fois, l'OEA est tombée d'accord sur des principes destinés à contrôler les armes se référant au droit international humanitaire et au droit humain. Il reste cependant des différences notables avec ce qui est proposé par Amnesty et les autres organisations participant à la campagne.

L'opération " photos " progresse : plus de 5000 photos pour la France, 88300 dans le monde.

7- Israël et TO

La situation au Proche Orient reste parmi les priorités actuelles pour AI. Irène Khan a adressé une lettre ouverte au Président Bush à propos des implications juridiques de ses déclarations de soutien au plan unilatéral d'Ariel Sharon.

Fin mai sera lancée une campagne sur les démolitions. Un événement médiatique devrait attirer l'attention du public sur ce problème dans le courant de l'été.

Un livre à lire : " Le cri des Oliviers ", de Sumaya Fahrat-Naser (Editions Labor et Fides, 20€). Cette jeune palestinienne y décrit son expérience de dialogue et de travail en commun entre des organisations palestiniennes et des organisations israéliennes sur des programmes d'éducation à la paix . Ce travail, mondialement très connu, a reçu de nombreux prix pour son engagement au service de la paix.

IV- AMNESTY ET LE VOILE

La plupart des lecteurs de cette Lettre connaissent probablement la position qu'a prise la Section française d'Amnesty sur cette question dont on peut penser qu'elle n'est pas près de tomber dans les oubliettes, et au sujet de laquelle il était impossible que notre mouvement n'ait pas d'avis. Mais dans le cas où certains l'ignoreraient encore, il paraît préférable de la rappeler.

En premier lieu, toute position d'AI sur le voile doit partir du droit international des droits de l'homme. Or, même si le port du voile est loin de toujours refléter un libre choix de la part des personnes concernées, la loi française pose un réel problème au regard du droit international. Celui-ci garantit en effet la liberté de religion et d'expression et précise que cela implique de " manifester sa religion ", y compris en public. Le principe posé par le droit international est donc celui de la liberté. Cette liberté n'est pas absolue, mais les limites qui peuvent lui être appliquées doivent rester des exceptions, définies par l'article 18 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques comme la sécurité, l'ordre public, la santé et l'empiétement sur la liberté d'autrui, termes repris par la Convention européenne des droits de l'homme . Or la loi sur le voile limite de façon générale la possibilité de manifester sa religion, alors que la loi internationale ne prévoit que des exceptions.

La SF craint par ailleurs que, bien que la loi soit de portée générale, les jeunes filles musulmanes ne soient particulièrement affectées par ses conséquences.

Ce sujet doit être clairement distingué de la campagne Femmes actuelle, la loi ne prévoyant évidemment aucune violence à l'égard des contrevenantes. Mais il existe des pays où les femmes peuvent être l'objet de violences, soit parce qu'elles ne portent pas le voile (ex : Iran, Arabie saoudite), soit parce qu'elles le portent (ex : Turquie) ; ils entrent dans le cadre de la campagne.

V- INFORMATIONS DE LA SECTION FRANCAISE

" AI et le commerce équitable

Il est bon de savoir, ne serait-ce que rétrospectivement, que la SF a soutenu la quinzaine du Commerce Equitable organisée par l'Association Max Havelaar du 1er au 16 mai. Chacun sait que le commerce équitable est un partenariat commercial destiné au développement durable en proposant de meilleures conditions commerciales aux producteurs marginalisés, spécialement dans le Sud, et en

sécurisant leurs droits, ce qui contribue au développement des DESC.

Voir : www. maxhavelaarfrance.org

" Projet " Slam "

Une colle : qu'est-ce qu'un " slam " ? Sachez qu'il s'agit d'une forme de poésie dans une totale liberté de style, déclamée lors d'une prestation de deux à trois minutes. Les textes peuvent être improvisés ou écrits à l'avance. A l'occasion du 26 juin, journée mondiale de soutien aux victimes de la torture, la SF souhaite que le " slam " soit un des moyens utilisés pour communiquer sur les violences à l'encontre des femmes. La liste des scènes " slam " , très nombreuses en France, se trouve dans le dernier envoi aux relais de la campagne Femmes.

" Irak

Un nouveau document " Irak- Un an après la guerre , la situation des droits humains reste critique ", vient de sortir. La situation qui règne dans ce pays témoigne de la justesse des analyses et des mises en garde d'Amnesty depuis le début de la crise.

" Le nouveau BE

Il s'est réparti les tâches, a organisé son agenda, et a lancé un appel à candidatures pour former la délégation pour le prochain Conseil international, qui aura lieu en 2005, probablement en Europe.

" Formation

- Samedi 5 juin : Entreprises et droit humain.

- Samedi 19 juin : Droit d'asile en France.


Prochaine réunion le Jeudi 3 Juin 2004