LA LETTRE D'A.I.
Bulletin d'information du groupe 248

N° 154 - novembre 2001

        SOMMAIRE  


I - la justice,  pas la vengeance

II - Le forum militantisme du 22 septembre

III - Actions en cours

IV - Groupe 248

V - Informations diverses

 

 


I- LA JUSTICE, PAS LA VENGEANCE.

C'est le principe énoncé par Amnesty pour que les mesures de rétorsion faisant suite aux événements du 11 septembre restent conformes au droit. On peut ajouter  : "la justice pour tous les camps", y compris pour celui de la coalition anti-terroriste. Dans sa dernière lettre aux groupes, le Bureau exécutif souligne que le thème du terrorisme est très clairement exploité et avec un certain succès pour couvrir des violations graves des droits humains. Le Bundestag a acclamé le discours de Vladimir Poutine dans lequel la Tchétchénie est passée par pertes et profits. En Chine, les prisonniers politiques de la communauté ouïgour du XinJiang, en majorité musulmane, sont qualifiés indifféremment de "séparatistes" ou de "terroristes", et à ce titre, torturés et exécutés. Une utilisation semblable des événements du 11 septembre est également pratiquée en Malaisie, en Ouzbékistan et dans d'autres pays d'Asie Centrale. En même temps, tombent dans l'oubli, les violations commises dans d'autres pays, dans le cadre d'autres conflits, comme au Burundi où chaque jour des Tutsis aussi bien que des Hutus sont massacrés.

Pour faire face à cette nouvelle crise, la Section française propose aux groupes qui le désirent d'être tenus au courant de façon particulièrement documentée sur les positions et les interventions d'AI la concernant, et de participer à des actions si le besoin s'en faisait sentir. André se charge de cette question pour le groupe 248.

Nous sommes invités :
- à faire en sorte que le message lancé dès le début de la crise : "l'heure n'est pas à la vengeance, mais à la justice" devienne réalité .

- à prévenir et dénoncer les répercussions des attentats en matière de droits humains, et notamment la situation des réfugiés afghans, les menaces qui planent sur les libertés individuelles sous le couvert de la "lutte mondiale contre le terrorisme" et des dispositions législatives ou des mesures prises par les États, les atteintes aux droits humains commises sur la base de critères identitaires, ou en représailles visant, notamment, des minorités ethniques ou religieuses,

- à ce que toute action militaire soit menée conformément au droit international humanitaire et au droit international relatif aux droits humains, afin de protéger la vie, le bien-être et les droits fondamentaux de la population civile.

Il nous est demandé d'entreprendre des actions de sensibilisation des parlementaires sur ces problèmes, et d'intervenir auprès des autorités des républiques d'Asie centrale où les répercussions du conflit sont les plus importantes.

La position d'Amnesty concernant cette crise peut se résumer de la façon suivante :

- Les coupables des attentats du 11 septembre doivent être punis, mais de façon conforme au droit international. C'est d'autant plus nécessaire que les auteurs de ces attentats nient la légitimité de ce droit.

- Il est nécessaire que les États prennent toutes les mesures utiles pour protéger leurs ressortissants, mais sans que ces mesures empiètent sur les droits fondamentaux de quiconque, en particulier ceux des demandeurs d'asile ou ceux de certaines communautés ethniques ou religieuses comme les Arabes et les musulmans.

- En ce qui concerne l'Afghanistan, AI ne juge pas si le recours à la force est justifié ou non, et elle ne prend donc pas position en ce qui concerne le fondement légal de l'intervention militaire engagée par les États-Unis et leurs alliés. Elle incite toutes les parties au conflit à respecter pleinement les règles et principes du droit international humanitaire, y compris en ce qui concerne Oussama Ben Laden et les membres d'Al Qaida, qui en tant qu'appartenant à un groupe armé sont soumis aux lois de la guerre, sans préjudice des poursuites de droit commun qui peuvent être menées à leur encontre.

AI rappelle qu'elle n'utilise pas le terme "terroriste" parce qu'il n'existe pas à l'heure actuelle de définition juridique acceptée par tous de ce qui constitue un acte de "terrorisme".


II- LE FORUM "MILITANTISME" DU 22 SEPTEMBRE.

Il répondait à une double problématique :

- la place qu'ont et que devraient avoir les sympathisants dans le mouvement

- l'attitude de la section française vis à vis du public : sommes-nous assez volontaristes ?

La notion de sympathisant a toujours existé dans la section française, mais cette dimension n'avait jamais fait l'objet d'une attention quelconque. Dans son intervention, le sociologue Spyros Franguiadakis a rappelé l'évolution du militantisme en France, qui est passé d'une forme fédérative, où l'individu est pris dans une structure de groupes emboîtés les uns dans les autres à celle de groupes beaucoup plus autonomes dont l'idéal peut être celui d'un "apolitisme" illusoire. En même temps l'idéologie du progrès s'est affaiblie, alors que le sentiment de responsabilité a progressé.
Les formes de l'engagement ont subi parallèlement des transformations profondes. De plus en plus, on s'affranchit des appartenances imposées par les réseaux sociaux. L'individu ne doit pas son existence à une pré-détermination, son existence est dirigée par une réflexion sur soi, avec la volonté de garder une parole propre. Il y a personnalisation du militantisme. Les engagements sont plus ponctuels, plus éphémères, ils sont moins marqués par les appartenances idéologiques.
Le monde associatif doit s'adapter, chercher d'autres formes d'engagement pour des gens qui viennent individuellement, pour un temps très court, pour du concret et pour obtenir des résultats.

Denys Robilliard, de son côté, a indiqué que les modifications du mandat amenées par le Conseil de Dakar, en particulier l'affaiblissement de la règle interdisant le travail sur son propre pays, peuvent induire une autonomie plus grande des sections, avec le risque de voir apparaître des "Amnesty nationales". La solidarité internationale pourrait en être affectée. En revanche, les Sections seront systématiquement associées à l'élaboration des stratégies. Elles pourront créer des RAN, des dossiers-action etc... Les formes d'association du public à nos actions seront aussi retravaillées avec notamment un recours plus important aux possibilités d'internet.

Dans les ateliers qui ont travaillé sur ce sujet, il est apparu que la notion de sympathisant est très floue et recouvre des situations très diverses. Mais de façon générale, pour que quelqu'un s'engage, il faut lui proposer tout de suite quelque chose de concret, et qui soit en même temps adapté à ses désirs et ses possibilités. Faut-il que le sympathisant soit en accord avec la totalité du mandat d'AI, ou seulement partiellement ? La majorité a penché pour le deuxième cas. Quant à la recherche de sympathisants, elle est tantôt individuelle, tantôt collective, mais dans tous les cas, elle parait devoir être complétée par un suivi individuel.

En ce qui concerne la communication avec les sympathisants, gage de leur fidélisation, de nombreuses expériences ont été rapportées, ainsi que beaucoup de critiques sur les carences qui amènent l'éloignement de certains, et de propositions d'amélioration. Il apparaît qu'une simple attention plus grande au problème, un désir plus affirmé d'aller vers les autres, (meilleure connaissance du milieu, langage plus accessible, plus clair, meilleure utilisation des réseaux sociaux, modes d'action mieux adaptés...) pourraient amener des améliorations sensibles.

L'expérience belge de recrutement dans la rue par des salariés a été exposée par la Coordinatrice belge pour le recrutement. L'idée de base a été empruntée à la Section britannique et à Greenpeace. Le principe est que des recruteurs et recruteuses parlent aux passants et leur présentent Amnesty. Les réactions sont plutôt positives, les personnes paraissent heureusement surprises. Les équipes sont formées de 4 ou 5 jeunes (20 à 35 ans), anciens militants, anciens bénévoles, militants, objecteurs. On constitue des équipes mixtes, multi-culturelles. Sur le terrain, deux personnes d'Amnesty sont présentes, la coordinatrice et le "coach". Les groupes locaux apportent leur aide.

Les résultats : une équipe de quatre a un rendement moyen de 25 nouveaux membres par jour, soit environ 500 par mois. En un an, on parvient au chiffre de 7.800 nouveaux membres. Compte tenu du fait que la cotisation belge est de 1OOFF et que les recruteurs sont payés environ 8.000 FF, les dépenses sont d'environ 1.400.00FF par an, mais l'investissement est récupéré dans les années suivantes. Le Danemark, qui a adopté ce système, recrute entre 800 et 1000 membres par mois, l'Irlande, 500.

Cette expérience est-elle exportable en France ? Il semble à plusieurs qu'elle vaudrait d'être tentée. Greenpeace l'a adoptée, et ça marche, alors qu'elle a une mauvaise image en France, tandis que celle d'Amnesty est bonne. Il existe des terrains favorables (en Belgique, étudiants, enseignants, professions médicales et scientifiques, personnes proches des positions d'AI). Cela demande une bonne préparation des recruteurs et des groupes d'AI, dans lesquels les nouveaux recrutés n'entreront sans doute pas immédiatement. Il faudra les accueillir... et les conserver.

III- LES ACTIONS EN COURS.

1-Campagne contre la torture.
Depuis le début de cette campagne, des avancées notables ont eu lieu :

- La Commission des Droits de l'Homme des Nations Unies a décidé de mener une étude sur le commerce et la fabrication des matériels de torture.
La Commission européenne va présenter au Conseil des Ministres de l'union européenne un projet de réglementation interdisant le commerce de tels matériels. Amnesty exerce des pressions au niveau international pour soutenir ce projet.


Pour répondre aux critiques d'AI concernant les exportations américaines de matériel de sécurité et de torture, le Congrès américain se prépare à interdire l'exportation du "matériel destiné à la lutte contre la criminalité" si le gouvernement étranger s'est engagé dans des actes de torture de façon répétée, et il vient d'interdire totalement l'exportation de matériel tel que les "poucettes", les entraves pour les jambes, et le matériel à décharges électriques
Le 26 juin, une soirée a été organisée au Secrétariat national à l'occasion de la journée internationale des Nations Unies pour le soutien aux victimes de la torture. Au cours de cette soirée, Antoinette Chablin, une étudiante libanaise, a présenté son témoignage. Arrêtée en mars 1994, sans doute du fait que son frère appartenait à un certain parti politique, elle a été torturée et maintenue 2 ans en prison dans des conditions inhumaines. Elle a été finalement condamnée à mort en janvier 1997, condamnation commuée en détention à perpétuité. Adoptée par deux groupes de la SF, c'est à la suite du rapport d'AI que les choses ont commencé à changer pour elle. Des lettres sont arrivées par milliers, et elle a été finalement rejugée en présence d'un observateur d'AI en juin l999. Elle a été innocentée. Son message est le suivant " : Écrivez, écrivez, vous ne pouvez pas imaginer ce qu'un petit bout de papier peut faire pour un prisonnier qui vit dans des conditions de détention inacceptables".

A l'occasion de cette même journée, l'Union européenne a fait une déclaration dans laquelle elle souligne que depuis la promulgation, le 26 juin 1987, de la Convention des Nations Unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, 124 États l'ont ratifiée. La torture n'en reste pas moins toujours pratiquée. Aussi, en avril dernier, l'UE a adopté des orientations concernant sa politique à l'égard des pays tiers qui lui permettent d'intervenir dans les cas de torture et qui décident de multiplier les efforts pour renforcer le respect des normes internationales. L'UE préconise l'adoption d'un protocole prévoyant la mise en place d'un mécanisme d'inspection international pour la prévention de la torture, et appuie l'œuvre du Fonds de contributions volontaires pour les victimes de la torture, auquel elle apporte un soutien substantiel ainsi qu'aux autres organisations qui travaillent dans ce domaine.

A l'ONU, le Haut Commissaire pour les Droits de l'Homme, Mary Robinson, a annoncé l'octroi de 8 millions de dollars aux organisations qui s'occupent de la torture (1 million de plus que l'an dernier, mais les demandes augmentent sans cesse, ce qui est inquiétant).

Une déclaration conjointe du Comité contre la torture, du Fonds de contributions, du Rapporteur spécial sur la torture, appelle à augmenter les dons, et demande que les États qui ne l'ont pas encore fait ratifient la Convention pour 2005,

- que les participants à la Conférence mondiale contre le racisme (Durban) travaillent ensemble contre la torture, du fait du lien existant entre racisme et torture,

- que soit mis en place un mécanisme international de visite des lieux de détention en adoptant le Protocole optionnel à la Convention contre la torture.

Le Secrétaire général a fait une déclaration similaire.

Une partie de la décision sur l'action du Conseil international d'AI de Dakar concerne la torture : elle fera certainement partie des 7 grands thèmes d'action permanents. On peut donc considérer que la campagne actuelle se poursuit.

Cinq nouveaux cas d'appel sont lancés sous la forme de cartes à faire signer. Ils illustrent les problèmes de la discrimination raciale et de l'homophobie.

Le prochain rapport thématique sera consacré à l'impunité.

2-Amérique centrale
Deux campagnes débutent :
- au Guatemala, pour la protection des défenseurs des droits de l'homme, jusqu'au 27 janvier 2002. Par ailleurs, nous vendrons du café guatémaltèque au Marché de Noël.
- au Mexique, contre la torture , jusqu'en juin.

3 - Pays Andins
Une action sur les communautés de Paix en Colombie est en cours et durera jusqu'en octobre 2002, de même, la reconduite de l'action pour la protection des Défenseurs des droits de l'Homme en Colombie. Nous sollicitons l'intervention  de notre député parrain. 
Une maquette de cd-rom sur le réseau Colombie, République démocratique du Congo et Tibet a été réalisé.

4-Enfants
Le 20 novembre a lieu la Journée des droits de l'enfant. Plusieurs cas d'appel sont disponibles.

5-Réfugiés
En décembre 2001 se tient à Laeken un Sommet européen qui réunit les chefs d'État et de gouvernement. On y évaluera le programme d'harmonisation des politiques européennes concernant le droit d'asile envisagé par le Sommet de Tempere d'octobre 1999. Les associations de la coordination pour le droit d'asile , dont AI fait partie , adressent à cette occasion un appel aux autorités des différents pays pour qu'on n'aboutisse pas à un amoindrissement de la protection des réfugiés, ce qui est à craindre . Des rapports d'AI ont été publiés en septembre et en octobre, une journée d'action a été organisée le 30 octobre, des interventions ont été faites auprès des gouvernements et des lettres ont été envoyées (Henriette a écrit à M Brottes). D'autres actions auront lieu en décembre.

6-Egypte.
L'action en faveur des défenseurs des droits de l'homme de ce pays continue.

6-Israël et Territoires occupés.
Nos lettres concernant les cas de tortures du fait des forces israéliennes ont reçu une réponse de Mme Tanar Gaulan, Ministre de la Justice, qui conteste nos accusations.

7-Quarantième anniversaire d'AI
La deuxième phase de cette commémoration aura lieu le 1O décembre prochain, Journée des droits de l'homme. Un événement destiné à marquer cette date historique est prévu. Son principe reposant sur la surprise, ses modalités ne sont pas pour le moment dévoilées.

8- Actions après la crise du 11 septembre.
Les communiqués de presse d'Amnesty sur l'Afghanistan ont été envoyés à tous les élus de la Région. Cette action s'est renforcée par des rencontres et des échanges de courriers solidaires à nos actions.

 

IV- GROUPE 248.

- Notre repas du 13 octobre nous a permis de rencontrer une fois encore de nombreux amis de notre groupe. La chère était abondante, l'ambiance chaleureuse . Merci à tous. Le résultat financier nous permettra de faire face en grande partie au règlement de notre cotisation de groupe au mouvement.

- La réunion informelle qui s'est tenue chez Élise a eu un grand succès. Ce type de rencontre complète très utilement les réunions de groupe où la densité du travail ne permet pas souvent des échanges développés.

- Les quatre groupes de l'agglomération grenobloise tiendront un stand au Marché de Noël, Place Victor Hugo à Grenoble du 8 au 22 Décembre. Nous assurons la permanence les 8, 9, 12 et 19 décembre.

- Divers stands sont prévus par ailleurs :

*Le 5 décembre, à l'Université Inter- âges

*Le 17 décembre, à Circus Ethiopie.

- Le groupe sera représenté à la Réunion de Secteur qui a lieu à Chambéry le 17 novembre. Francis Perrin y présentera le Conseil de Dakar.

- Pour le représenter au prochain Congrès d'AI de Besancon, les 8, 9 et 10 mars 2002,le groupe a désigné Henriette et Fernand comme délégués et Aurélie et Maléka comme observatrices.

V- INFORMATIONS DIVERSES
Thierry Dubois participera à la course "Around Alone" en septembre 2002.C'est une course en solitaire à travers les océans du monde avec escales. Son partenariat avec Amnesty continue. Le but est de faire découvrir les droits de l'enfant et les droits de l'homme à des jeunes, et favoriser les échanges internationaux entre jeunes pour créer des solidarités. De nombreuses classes sont associées à cette entreprise. Pour plus d'informations, voir www.amnesty.asso.fr

Alain Minc, dans un article publié dans Le Monde du 17 août 2001,a mis en cause le
fonctionnement de certaines ONG, dont Amnesty, qui pour lui ne serait ni démocratique ni "transparent". Pour tous ceux qui savent comment les choses se passent réellement à Amnesty, la réponse est facile (elle a été évidemment faite), mais le pouvoir de nuisance de telles allégations est certain.

La Commission Éducation aux Droits de l'Homme de La SF organise un concours auprès des élèves de 2ème,1ère et Terminales ayant pour objet un débat argumenté sur des faits de société dans le cadre de l'Éducation civique. Remise des travaux le 30 janvier 2002. Les résultats seront donnés au Salon du Livre en mars 2002.

Le 20 novembre, à la Maison des Associations rue Berthe de Boissieux, à 20h 30, Médecins du Monde, l'École de la Paix, Amnesty et d'autres associations ont tenu une conférence-débat avec la projection d' un document vidéo sur l'Afghanistan. 

Le 21 novembre, à 20h30, à la Ferme Heurard à Seyssins, l'École de la Paix, Amnesty, le CCFD, ACAT animaient une soirée d'information sur les actions en Colombie. Une suite de témoignages et de documents vidéos et photos après les dernières missions :Assemblée de la Société civile pour la Paix, projets jeunes, Communautés de paix de l'Uraba, Programmes "développement et paix" dans le magdalena Medio. La soirée s'est terminée par des danses et de la musique.

Le 14 décembre, au Tonneau de Diogène, une rencontre-débat aura pour thème "Diversité des identités et équilibre social".

Prochaine réunion le 6 décembre au lieu habituel